Marine nationale : Trop coûteux, le projet d’avion de patrouille maritime A321 PATMAR ne sera pas lancé en 2026

par Laurent Lagneau · 24 septembre 2026

En février 2025, Airbus confirma que son avion commercial A321XLR avait bel et bien été retenu par la Direction générale de l’armement [DGA] pour préparer la succession de l’avion de patrouille maritime [PATMAR] Atlantique 2. Et de préciser qu’un contrat de levée de risques, d’une durée de vingt-quatre mois, lui avait été notifié, ainsi qu’à Thales.

Le choix de l’A321XLR avait été fait aux dépens du Falcon 10X proposé par Dassault Aviation, la Marine nationale ayant dit souhaiter un avion PATMAR ayant une grande capacité d’emport de munitions, comme le futur missile antisurface FMAN de MBDA, et pouvant embarquer un second équipage pour les vols de longue durée.

Pour rappel, le ministère des Armées comptait remplacer les Atlantique 2 de l’Aéronautique navale dans le cadre du projet MAWS [Maritime Airborne Warfare Systems], lequel devait faire l’objet d’une coopération avec l’Allemagne. Seulement, ce dernier tomba à l’eau quand Berlin décida finalement d’acquérir des avions PATMAR P-8A Poseidon auprès de Boeing afin de hâter le retrait des P-3C Orion de la Deutsche Marine.

Quoi qu’il en soit, mis en annexe du projet de loi de finances initiale 2026, le Plan annuel de performance [PAP] du programme 146 «Équipements des forces», publié en octobre dernier, avait précisé que la réalisation du programme «PATMAR futur» allait être lancée en 2026, avec près de 3 milliards d’euros en autorisation d’engagement.

Seulement, selon des informations publiées par Le Marin et Air & Cosmos, le dossier de lancement en réalisation [DLR] de l’A321 PATMAR ne devrait finalement pas être signé d’ici la fin de cette année. L’une des raisons serait liée à un coût trop élevé.

Ainsi, d’après Air & Cosmos, la DGA et Airbus «négocient actuellement pour faire entrer les propositions […] dans le budget disponible». Or, poursuit l’hebdomadaire spécialisé, un «report de la phase DLR, […] c’est prendre le risque que l’instabilité décisionnelle, liée à l’élection de 2027, ne repousse la décision au-delà. Voire ne la fasse passer en bas de la liste des priorités». En outre, ajoute-t-il, des considérations ayant trait aux performances et à des questions de souveraineté «peuvent aussi entrer en ligne de compte».

En mai, lors de son ultime audition parlementaire en qualité de chef d’état-major de la Marine nationale [CEMM], l’amiral Nicolas Vaujour avait d’ailleurs semblé inquiet au sujet de ce programme «PATMAR futur».

«En ce qui concerne le renouvellement des avions de patrouille maritime, il s’agit de lancer le programme en réalisation d’ici à la fin de 2026. Le premier avion doit arriver en 2034, la première capacité opérationnelle en 2035 et la pleine capacité opérationnelle […] un peu plus tard. Le retrait du service actif des Atlantique 2 doit intervenir en 2040. Cela fait un biseau assez rapide. Nous n’avons donc pas le droit à l’erreur», avait-il en effet prévenu.

«Je rappelle tout de même que nos Atlantique 2 ont été rénovés au dernier standard 6 en 2026. Nous avons donc 18 avions au standard 6, qu’il faut faire durer jusqu’au plus tard en 2040. C’est un grand challenge. Le renouvellement du contrat Océan d’entretien des avions de patrouille maritime doit intervenir fin 2026, début 2027. Nous demandons donc aux industriels de garantir le biseau capacitaire de 2035-2040», avait conclu l’amiral Vaujour.

Si la DGA et Airbus ne parviennent pas à s’entendre, alors il n’est pas exclu que le P-8A Poseidon puisse succéder à l’Atlantique 2. En novembre 2024, alors que le choix de l’A321XLR semblait acté, La Tribune avait en effet révélé que l’achat «sur étagère» de l’appareil de Boeing était considéré comme un éventuel «plan B» par la Marine nationale.