L’Australie justifie le retrait anticipé de ses hélicoptères Tigre en affirmant qu’ils ne sont plus adaptés au combat moderne

par Laurent Lagneau · 25 septembre 2026

En 2019, le ministère australien de la Défense émit un appel d’offres pour se procurer de nouveaux hélicoptères de reconnaissance et d’attaque afin de remplacer les vingt-deux ARH Tigre qu’il avait acquis auprès d’Eurocopter [devenu Airbus Helicopters] au début des années 2000.

Pour justifier cette décision, il avait été avancé que le coût de la maintenance des ARH Tigre était beaucoup trop élevé par rapport à leur [faible] taux de disponibilité. En outre, ces appareils n’avaient pas été en mesure d’atteindre leur pleine capacité opérationnelle. Un rapport publié en 2015 avait ainsi affirmé que ces appareils n’avaient pu effectuer que 3 000 heures de vol sur douze mois, soit deux fois moins qu’attendu.

Pour autant, Airbus Helicopters ne s’en laissa pas conter. Ainsi, l’industriel rappela que dix-huit des vingt-deux ARH Tigre livrés avaient été assemblés en Australie et que le coût de l’heure de vol avait été réduit «de plus de 30 %» au cours des dernières années. En outre, il s’était dit prêt à les moderniser pour les maintenir en service au moins jusqu’en 2040. Et cela en s’appuyant sur la version Mk3 de cet hélicoptère, laquelle était en cours de préparation dans le cadre d’une coopération entre Paris, Berlin et Madrid.

«À l’échelle mondiale, 181 tigres ont été livrés en Australie, en France, en Allemagne et en Espagne. […] Déployé par l’armée française en Afghanistan en 2009, le Tigre continue de démontrer son rôle essentiel sur les théâtres d’opérations en tant qu’hélicoptère d’attaque extrêmement polyvalent, furtif et maniable», ne manque pas de faire valoir Airbus Helicopters.
Seulement, il en fallait sans doute plus pour convaincre Canberra qui, en 2021, fit part de son intention d’acquérir vingt-neuf AH-64E Guardian [ou Apache] auprès de l’américain Boeing. Les premiers exemplaires furent livrés à l’Australian Army en octobre 2025.

Mais sans attendre la fin des livraisons [elles seront en principe achevées en 2029, ndlr], et conformément à une recommandation de la dernière édition de la Stratégie nationale de défense, publiée en avril dernier, le ministère australien de la Défense a décidé de hâter le retrait des ARH Tigre, celui-ci devant être effectif au 23 septembre.

Dans un communiqué publié pour annoncer les «adieux» de l’Australian Army à l’ARH Tigre, il a avancé une autre raison pour justifier le retrait anticipé de l’appareil d’Airbus Helicopters.

«Lors de son entrée en service au sein des forces armées australiennes, l’ARH Tiger combinait en une seule plateforme les capacités de l’hélicoptère de reconnaissance non armé Kiowa et celles de la version armée «Bushranger» [appui-feu, ndlr] de l’hélicoptère Iroquois», a d’abord rappelé le ministère.

Or, a-t-il continué, la «durée de vie opérationnelle» de cet appareil était de «vingt ans». D’où la décision de les remplacer, d’autant plus que l’Australie doit tenir compte d’un «environnement de menaces en constante évolution, où les systèmes de défense aérienne avancés, les armes de précision et les plateformes sans pilote présentent des défis» que seuls des «hélicoptères de combat de nouvelle génération, comme l’AH-64E Apache», peuvent relever. À noter que, sur ce point, l’US Army est plutôt dubitative.

Pour rappel, le développement de la version Mk3 du Tigre a été affecté par la décision de l’Allemagne de ne plus y contribuer, la Bundeswehr ayant fait le choix d’acquérir des hélicoptères H145M. Cependant, les appareils mis en œuvre par la France et l’Espagne seront quand même modernisés en étant portés au standard RMV/MLU. Outre une nouvelle avionique et l’intégration de capteurs plus performants, ils auront la capacité d’interagir avec des drones et de déployer des munitions téléopérées [MTO].

Reste que, d’après les arguments du ministère, il y a peu de chances que les ARH Tigre soient cédés à l’Ukraine, comme cela avait pourtant été envisagé par Canberra en décembre dernier. D’ailleurs, l’accord de sécurité que l’Australie a signé avec l’Ukraine en marge de l’Assemblée nationale des Nations unies, le 24 septembre, n’en fait pas mention.