Munitions, drones, porte-avions… La France a une « forte dépendance » militaire envers l’étranger, pointe un rapport
défense•Ce rapport parlementaire cite notamment une dépendance pour le lance-roquettes unitaire, les catapultes du porte-avions « Charles-de-Gaulle » et du futur « France-Libre », ou encore les munitions
L’essentiel
- Un rapport parlementaire des députés François Cormier-Bouligeon (Renaissance) et Aurélien Saintoul (LFI) alerte, concernant l’armée française, sur des « dépendances consenties sur des équipements à la technologie complexe », ainsi que dans le domaine des armes légères, des munitions, et des drones.
- Le futur porte-avions France-Libre sera ainsi équipé de trois catapultes électromagnétiques dites « Emals (ElectroMagnetic Aircraft Launch System) », le rendant partiellement dépendant de son développeur, l’Américain General Atomics.
- Les dépendances aux armes légères et aux munitions « constituent une véritable vulnérabilité », s’inquiète le rapport, la fragilisation de la filière s’étant accrue « avec la vente de Manurhin à un groupe émirati en 2018. »
En matière de dépendance militaire à des pays étrangers, et notamment aux Etats-Unis, le cas de la France est loin d’être le plus critique au sein de l’Union européenne. Elle peut notamment s’appuyer sur une flotte d’avions de chasse Rafale français, et non sur des F-35 américains… Le rapport souligne d’ailleurs que « la France a traditionnellement fait le choix de fonder son autonomie militaire sur des vecteurs souverains. »
Il n’empêche. Ce rapport parlementaire des députés François Cormier-Bouligeon (Renaissance) et Aurélien Saintoul (LFI), diffusé lundi, alerte sur « des pertes de capacité » dans certains domaines, ainsi que des « dépendances consenties sur des équipements à la technologie complexe ».
Les États-Unis, particulièrement « prédominants dans ces dépendances »
Le rapport cite notamment « le lance-roquettes unitaire [châssis américain], les catapultes à vapeur du porte-avions Charles-de-Gaulle et les catapultes électromagnétiques [équipements américains] du futur porte-avions France-Libre », ou encore « l’avion Awacs [équipement américain], dont le radar est très complexe ».
Le futur porte-avions France-Libre sera effectivement équipé de trois catapultes dites « Emals (ElectroMagnetic Aircraft Launch System) » pour le décollage et l’appontage des avions de chasse, le rendant partiellement dépendant de son développeur, l’Américain General Atomics. Les États-Unis sont particulièrement « prédominants dans ces dépendances en raison de leur avance technologique, qui leur permet de proposer des solutions opérationnelles aux armées françaises », souligne d’ailleurs le rapport.
Si l’Awacs sera prochainement remplacé, ce sera par une solution suédoise (le GlobalEye de Saab). Pour le LRU, « si des solutions souveraines pourraient émerger, un achat sur étagère auprès d’un pays étranger est aujourd’hui étudié », souligne le rapport.
« Forte dépendance vis-à-vis d’Israël » sur des modèles de cartouches
La France présente aussi « une forte dépendance dans le domaine des armes légères », les importations venant principalement « de l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la Suisse et les États-Unis ». Le Famas est ainsi « progressivement remplacé depuis 2012 par le HK416 fabriqué par l’entreprise allemande Heckler et Koch ». Idem pour les munitions. « La dernière entreprise française de production de munitions de petit calibre, GIAT Le Mans, a fermé en 1999, rappellent les rapporteurs. Les importations proviennent actuellement de pays tels que l’Allemagne, l’Autriche, la Suède, Israël et les États-Unis ». Aurélien Saintoul souligne notamment « la forte dépendance de la France vis-à-vis d’Israël sur les cartouches 5.56 mm. Compte tenu du contexte, il semble plus nécessaire que jamais de s’affranchir de cette dépendance. »
Ces deux dépendances aux armes légères et aux munitions « constituent une véritable vulnérabilité », la fragilisation de la filière s’étant accrue « avec la vente de Manurhin à un groupe émirati en 2018 ». « Il s’agissait de l’unique entreprise française à fabriquer des machines pour produire des munitions. L’ensemble de la chaîne de production est donc démantelé. » « Le rétablissement de notre souveraineté dans ce domaine constitue une urgence », alertent les rapporteurs.