Europe : le service militaire au cœur des stratégies de défense
Direction : Ministère des Armées / Publié le : 10 avril 2026
Face au retour de la guerre en Europe et dans un contexte international qui se dégrade, les pays européens cherchent à renforcer leur défense. Conscription ou service militaire volontaire, l’idée que les jeunes doivent être formés aux savoir-faire des armées traverse les frontières. Tour d’horizon des différents dispositifs européens.

« Le service national français s’inspire des pratiques de nos partenaires européens, en particulier de la Norvège. À l’heure où tous nos alliés européens avancent face à une menace qui pèse sur nous tous, la France ne peut demeurer immobile », avait déclaré Emmanuel Macron, le 27 novembre dernier, lors de l’annonce de la mise en place d’un service national volontaire en France.
Le constat est le même partout sur le continent : la guerre est aux portes de l’Union européenne et nos armées se doivent d’être renforcées. Une dynamique s’installe. Certains pays voisins de la France rétablissent la conscription, et d’autres étudient des formes d’engagement militaire volontaire.
Général Fabien Mandon : « Le service national n’a de sens que s’il est utile pour les jeunes et pour les armées »
Une dynamique en faveur de la conscription
Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, plusieurs de nos voisins ont renforcé leur dispositif de service militaire. C’est le cas de la Lettonie, qui partage une frontière avec la Russie. Le pays a décidé en 2023 de rétablir un service militaire d’une durée de 11 mois – obligatoire pour les hommes de 18 à 27 ans et volontaire pour les femmes – qui avait été aboli en 2006. La Croatie a, elle aussi, voté pour le rétablissement dès 2026 du service militaire obligatoire pour les hommes.
Cette dynamique n’est pas nouvelle. La Lituanie avait été le premier pays à rétablir la conscription pour les hommes en 2015, après l’annexion de la Crimée par la Russie. Deux ans plus tard, c’est la Suède qui réintroduit ce service obligatoire pour les hommes et les femmes, d’une durée de neuf à quinze mois. Dans ce pays, les appelés sont considérés comme des soldats à part entière, avec une véritable fonction. Le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, en témoigne : « En Suède, j’ai observé une opération sur l’avion suédois Gripen, où des jeunes conscrits remettaient en œuvre l’appareil de A à Z en une vingtaine de minutes, manipulant des missiles de plusieurs millions d’euros pièce. J’étais impressionné. »
Des services militaires historiques
Ces quatre pays ont rejoint ceux qui ne s’étaient pas résignés à suspendre leur service militaire, parmi lesquels l’Estonie et la Finlande, voisines de la Russie, avec plus de 1 000 kilomètres de frontières communes pour la Finlande. De même, la Grèce, Chypre, l’Autriche et la Suisse n’ont jamais mis fin à leur service militaire obligatoire. Cette persistance s’explique, aussi bien par un nécessaire maintien du lien entre les armées et la Nation que par une perception continue des menaces potentielles. C’est le cas de Chypre, en raison de la partition de l’île avec la République turque de Chypre du Nord, et de la Grèce, du fait de sa proximité avec la Turquie. Le Danemark a, quant à lui, rallongé la durée de son service militaire, de quatre à onze mois, en 2024. Il est, depuis l’année dernière, également obligatoire pour les femmes.
Enfin, la Norvège avait rendu obligatoire dès 2013 le service pour les femmes au nom de l’égalité des sexes. Une politique qui montre ses effets car, en 2020, un tiers des appelés étaient des femmes. Malgré la conscription, les Norvégiens font face à une rude sélection pour rejoindre les rangs de l’armée. Accomplir son service militaire est, en effet, perçu de manière très positive dans la population. « Le sentiment national est fort en Norvège et la conscription est considérée comme un devoir », indique Adrien Berg, chargé de mission à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie. Ce modèle ainsi que le dispositif suédois ont inspiré le service national français. « Les pays nordiques ont introduit une année de césure dans les parcours de vie, explique le général Mandon. Les jeunes Norvégiens ont peur de ne pas être sélectionnés. »
De même, cet engagement est un atout dans le cursus professionnel des jeunes. « Dans les pays scandinaves, un jeune qui a réalisé son service national est très bien perçu par les employeurs. Cela garantit des qualités simples mais essentielles : courage, volonté, motivation, capacité à se dépasser », poursuit le général. Les modèles scandinaves se comprennent surtout par le concept de défense totale, qui s’est développé en Suède et en Finlande pendant la guerre froide, selon Adrien Berg. Le principe : en cas de conflit, la défense nationale repose sur l’entièreté de la société et pas uniquement sur l’armée. Conscription, service civil, lien avec les forces armées… La défense est organisée pour et par les citoyens.

Un choix pour le volontariat
Parallèlement à la conscription, plusieurs pays européens sont séduits par des services militaires volontaires, comme la Bulgarie qui l’a instauré en 2020, la Pologne (2022), les Pays-Bas (2023), la Roumanie (2026) et la Belgique (2026). La coalition en Allemagne a aussi trouvé un accord pour un service militaire volontaire, afin de pallier un manque de recrutement dans l’armée régulière, avec un objectif affiché de 20 000 volontaires en 2026. Ces services sont différents par leur durée, mais tous visent à attirer des jeunes motivés par un engagement citoyen tout en répondant aux besoins des armées.