MGCS – Le général Schill évoque une solution 100 % française pour le Système principal de combat terrestre
par Laurent Lagneau · 10 avril 2026

Annoncé en 2017, le projet franco-allemand de Système principal de combat terrestre [MGCS, pour Main Ground Combat System] n’est pas encore officiellement abandonné… Mais les chances qu’il finisse par se concrétiser paraissent désormais très faibles. D’ailleurs, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, le 9 avril, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill, en a parlé au passé… et non au futur.
Censé avoir été relancé par la signature de l’accord d’arrangement de la phase 1A, en avril 2024, ce projet n’a en réalité pas avancé d’un iota, la coentreprise créée par les quatre principaux industriels concernés, à savoir KNDS France, KNDS Deutschland, Thales et Rheinmetall, n’y ayant encore reçu aucun contrat.
Pour rappel, le MGCS vise à développer un «système de systèmes» reposant sur un «cloud de combat» reliant un char à d’autres effecteurs [blindé d’accompagnement, robots terrestres, drones, etc.].
Seulement, côté allemand, le MGCS n’est pas une priorité dans la mesure où la Bundeswehr disposera bientôt du Leopard 2A8, c’est-à-dire la dernière version du Leopard 2, et où le développement d’un char dit de transition, appelé Leopard 2AX [ou 3], a été lancé, avec KNDS Deutschland et Rheinmetall à la manœuvre.
En revanche, en France, l’armée de Terre se trouve dans une situation différente, le char Leclerc ne pouvant pas être prolongé au-delà de 2037. D’où la nécessité de financer le développement d’un éventuel successeur, comme le prévoit l’actualisation de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30.
«Le MGCS prend du retard en raison de la décision allemande de lancer un programme de nouveau char, le Leopard 3. Nous avons donc intégré une capacité de char intermédiaire comme première brique préfiguratrice» d’un «système de systèmes», a expliqué Catherine Vautrin, la ministre des Armées, aux députés, le 8 avril. Et de préciser que ce «char intermédiaire» serait doté d’une «tourelle française», probablement basée sur le système ASCALON de KNDS France.
Cela étant, lors de son audition, le général Schill a précisé que le but de ces études sur «la capacité devant succéder» au Leclerc serait de «prendre le virage technologique de la génération suivante de système de systèmes du segment blindé, autour du cœur de connectivité et de robotisation ‘TITAN’, qui structurera toute l’armée de Terre entre 2030 et 2040, comme SCORPION le fait aujourd’hui».
Propre à l’armée de Terre, le programme TITAN vise à étendre les capacités de combat collaboratif à l’ensemble des forces aéroterrestres en complétant la modernisation initiée par SCORPION. Il portera notamment sur le combat de contact [MGCS], l’aérocombat, les feux dans la profondeur, la guerre électronique, la robotique, etc.
En outre, le général Schill a aussi précisé que, au titre du volet «anticipation», l’armée de Terre disposerait de plus de ressources pour financer le développement de solutions d’intelligence artificielle [via le programme Artemis IA] ainsi que le projet de robotique militaire PENDRAGON, l’objectif étant de «réussir le virage de la robotisation terrestre dès les prochains mois».
S’agissant du MGCS, le CEMAT a fait valoir que l’actualisation de la LPM 2024-30 allait permettre de «rétablir une voie nationale si jamais la voie franco-allemande n’aboutissait pas». Voie franco-allemande à laquelle il ne semble plus croire vraiment.
«MGCS, c’était à la fois un besoin et une solution. Le besoin, l’armée de Terre l’a exprimé et elle s’est mise d’accord avec l’armée de terre allemande en expliquant que, dans la décennie à venir, nous continuerons d’avoir besoin d’un char ou équivalent et que ce char ne sera pas un véhicule isolé» car il devra être capable de porter un canon, des missiles, peut-être une arme à énergie dirigée, des systèmes de lutte antidrone, et de guerre électronique, des protections actives et passives, etc. Or, tout ça est trop lourd pour tenir sur un seul char : ça ferait 80 tonnes. Il faudra donc plusieurs engins et s’appuyer sur la dimension robotique qui est en train de naître. C’était donc à la fois un besoin commun» à la France et à l’Allemagne», a expliqué le général Schill.
Seulement, comme l’a souligné la ministre des Armées, le MGCS prend trop de retard. Et «cette dérive dans le temps n’élimine pas le besoin», a fait valoir le CEMAT. D’autant plus que les évolutions technologiques, notamment en matière de robotique, s’accélèrent.
«Nous confortons un certain nombre d’études et de démarches de façon non pas à acheter un char intermédiaire […] mais à acheter des premières briques de cette capacité de char future, qui sera franco-française si, d’ici-là, on n’a pas réussi à converger avec les Allemands», a dit le général Schill. Pour cela, PENDRAGON ouvre des perspectives nouvelles. Mené par l’Agence ministérielle de l’intelligence artificielle de défense [AMIAD] et le Commandement du combat futur [CCF], ce projet laisse entrevoir qu’il est possible «d’accélérer l’industrialisation de quelque chose qui ne sera pas le Leclerc en mieux mais qui sera une nouvelle génération de char», a-t-il avancé.
Au passage, le CEMAT a jeté une pierre dans le jardin des industriels européens, qui parient «sur ce qu’ils ont catalogue» pour «imposer leurs standards».
Quoi qu’il en soit, pour le général Schill, «l’affaire du char futur n’est pas écrite» et «il faut qu’on la bâtisse». Et de conclure : «Je pense que l’actualisation met des crédits pour permettre cette ligne et la combinaison de PENDRAGON et la démarche robotique me paraît très prometteuse. Mais je ne sais pas ce que sera le résultat concret».