Le général Schill souligne le rôle de l’armée de Terre dans la stratégie de dissuasion nucléaire française

par Laurent Lagneau · 22 mars 2026

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Lors de ses vœux aux Armées, le 15 janvier, le président Macron a confirmé que le budget de la mission «Défense» allait bénéficier d’un effort supplémentaire de 36 milliards d’euros [en tenant compte des 3,5 milliards de crédits en plus votés pour l’exercice 2026] dans le cadre d’une actualisation de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30. Cette semaine, à Indret, il a fait savoir que le contenu de cette dernière venait d’être «finalisé» et qu’il serait présenté en Conseil des ministres en avril prochain.

Cette «marche supplémentaire» permettra de financer plusieurs priorités, à savoir la reconstitution, voire le rehaussement, des stocks de munitions dites «complexes», les capacités spatiales, l’alerte avancée, la frappe conventionnelle à très longue portée et la défense aérienne. En outre, comme M. Macron l’a annoncé lors de son discours prononcé à l’Île-Longue, le 2 mars, il s’agira aussi de renforcer la dissuasion nucléaire, avec davantage de têtes nucléaires et des vecteurs modernisés.

Hormis les feux dans la très grande profondeur, ces priorités portent sur des domaines qui ne concernent pas, au premier chef, l’armée de Terre. Aussi, la question est de savoir dans quelle mesure elle bénéficiera de cette hausse budgétaire annoncée. En tout cas, son chef d’état-major [CEMAT], le général Pierre Schill, s’emploie à rappeler quelques évidences, via le réseau social LinkedIn.

Ainsi, début mars, il a souligné qu’il était «indispensable» de prendre en compte les «enjeux portés par le milieu spatial dans la manœuvre aéroterrrestre», ne serait-ce que pour la transmission sécurisée des données, la géolocalisation des unités et le renseignement.

«Pour l’armée de Terre, garantir la continuité, la redondance et la reconfiguration rapide de ces services est devenu une exigence opérationnelle», a-t-il fait valoir. Aussi, a-t-il poursuivi, elle «s’inscrit résolument dans la réflexion stratégique nationale sur la résilience de nos infrastructures spatiales» et «agit pour anticiper les ruptures technologiques, intégrer l’innovation, renforcer la protection de ses systèmes et préserver la liberté d’action des forces françaises».

Un autre sujet récemment abordé par le CEMAT est la contribution de l’armée de Terre à la dissuasion nucléaire, laquelle ne repose plus que sur les moyens de la Marine nationale [SNLE et M51] et sur ceux de l’armée de l’Air & de l’Espace [Rafale et ASMPA/R].

Durant la Guerre froide, rappelle le général Schill, l’armée de Terre était chargée de «forcer l’ennemi à dévoiler ses intentions en cas de crise majeure en Europe et de participation de la France à la défense collective de l’Alliance atlantique».

Pour cela, elle s’appuyait sur la 1re Armée, composée de trois corps d’armées dotés chacun de missiles à capacité nucléaire Pluton [puis de HADES]. Leur mission était de «freiner, avec l’appui des forces aériennes tactiques, un ennemi […] menaçant notre frontière sur le Rhin». Il revenait ainsi à l’armée de Terre d’adresser un «ultime avertissement», l’emploi d’une arme nucléaire «tactique» [dixit le CEMAT] constituant un «signal politique majeur indiquant que les intérêts vitaux de la Nation sont en jeu».

La menace du Pacte de Varsovie disparue, l’armée de Terre a perdu cette mission, le président Chirac ayant décidé le démantèlement de la composante nucléaire terrestre, qui reposait également sur les missiles balistiques stratégiques sol-sol du plateau d’Albion, qui relevaient de l’armée de l’Air.

Pour autant, assure le général Schill, l’armée de Terre est toujours partie prenante de la dissuasion, son rôle ayant évolué selon une «logique d’épaulement», laquelle «traduit la complémentarité entre forces nucléaires et forces conventionnelles».

Ce que le président Macron avait d’ailleurs souligné dans son discours sur la dissuasion, prononcé à l’École militaire en février 2020. «Notre stratégie de défense est un tout cohérent : forces conventionnelles et forces nucléaires s’y épaulent en permanence», avait-il dit.

Aussi, soutient le CEMAT, il est donc fondamental que les forces terrestres aient le bon format pour épauler la dissuasion nucléaire. Et ceci afin d’éviter «d’enfermer la décision dans une alternative binaire», à savoir «l’inaction ou la montée immédiate aux extrêmes».

«Entre ces extrêmes, l’adversaire pourrait chercher à contourner la dissuasion ‘par le bas’, sous le seuil nucléaire, par des attaques conventionnelles, hybrides ou indirectes, afin de créer un fait accompli et d’éprouver la détermination française, sans déclencher de riposte nucléaire», prévient le général Schill.

Or, l’armée de Terre intervient justement dans «cet espace» car, «par sa capacité d’engagement immédiat, sa masse, sa permanence et sa tenue du terrain, elle empêche l’installation d’un rapport de force défavorable et entrave les options de contournement», explique-t-il.

Plus encore, l’armée de Terre contribue aussi à la «crédibilité opérationnelle de la dissuasion nucléaire» dans la mesure où elle peut «tester la détermination adverse» et «contraindre un agresseur à dévoiler ses intentions». En outre, poursuit le CEMAT, elle est «nécessaire pour protéger les forces nucléaires stratégiques, dans leur stationnement comme dans leur déploiement» tandis que, dans le même temps, ces dernières lui assurent la «liberté d’action requise pour agir sans craindre une escalade incontrôlée».

Si le format des forces stratégiques doit être revu à la hausse, faut-il en déduire qu’il faudra en faire autant avec celui de l’armée de Terre ?

Quoi qu’il en soit, pour son chef d’état-major, elle « demeure aux côtés des forces nucléaires, indispensable à la cohérence et à la crédibilité de la stratégie de dissuasion française». Et cela depuis plus de soixante ans.