Pourquoi la France est désormais prise pour cible par les milices pro-iraniennes au Moyen-Orient

L'arrivée du porte-avions Charles de Gaulle au Moyen Orient a incité les milices pro-iraniennes à s'en prendre "aux intérêts français", prétendent-elles. AFP/Nicolas Tucat

L’arrivée du porte-avions Charles de Gaulle au Moyen Orient a incité les milices pro-iraniennes à s’en prendre « aux intérêts français », prétendent-elles. AFP/Nicolas Tucat© NICOLAS TUCAT

La mort de l’adjudant-chef Arnaud Frion marque un tournant pour l’engagement français au Moyen-Orient. Ce militaire du 7e bataillon de chasseurs alpins, basé à Varces près de Grenoble, a été tué lors d’une attaque de drones contre une base de la coalition internationale dans la région d’Erbil, dans le nord de l’Irak. Plusieurs soldats français ont également été blessés.

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Dans un message publié sur le réseau social X, le président Emmanuel Macron a rendu hommage au militaire et rappelé les raisons de la présence française dans le pays. « L’adjudant-chef Arnaud Frion du 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces est mort pour la France lors d’une attaque dans la région d’Erbil en Irak », a écrit le chef de l’État.

« Cette attaque contre nos forces engagées dans la lutte contre Daech depuis 2015 est inacceptable, a-t-il ajouté. Leur présence en Irak s’inscrit dans le strict cadre de la lutte contre le terrorisme. La guerre en Iran ne saurait justifier de telles attaques. »

La France en Irak depuis 2014

La France est présente militairement en Irak depuis 2014 dans le cadre de la coalition internationale formée pour combattre l’organisation djihadiste État islamique. Cette participation s’inscrit dans l’opération française Opération Chammal, qui constitue la contribution de Paris à la coalition dirigée par les États-Unis.

Les forces françaises ont mené des frappes aériennes contre l’organisation djihadiste et déployé plusieurs centaines de militaires sur le terrain. Leur mission principale consiste aujourd’hui à former et conseiller les forces irakiennes et les combattants kurdes peshmergas, notamment dans la région d’Erbil, capitale du Kurdistan irakien.

Même si l’organisation État islamique a perdu son « califat » territorial en 2019, les pays de la coalition estiment que la menace persiste sous forme de cellules clandestines. C’est ce qui justifie le maintien d’un contingent militaire dans le pays.

« Tous les intérêts français seront la cible d’attaques »

Mais l’attaque qui a tué le soldat français s’inscrit dans un contexte régional bien plus large et n’est pas liée à la lutte française contre l’État islamique. Elle a été revendiquée par la milice irakienne pro-iranienne Ashab al-Kahf, l’un des nombreux groupes armés soutenus par l’Iran dans la région.

Dans un message diffusé dans la journée de jeudi, le groupe a directement menacé les intérêts français. La raison ? L’arrivée du porte-avions Charles de Gaulle dans la région. « Après l’arrivée du porte-avions français (…) tous les intérêts français en Irak et dans la région seront la cible d’attaques », a fait savoir le groupe responsable de l’attaque.

Il exhorte les forces de sécurité à rester à au moins 500 mètres d’une base à Kirkouk (nord) où se trouvent, selon le groupe, des militaires français, sans revendiquer directement d’attaque.

L’arrivée du navire a été vue par l’Iran comme une participation à la guerre, alors qu’elle avait été justifiée par la France par un souci « de protection » de la présence française dans la région, où vivent 400 000 Français et où sont engagés de nombreux militaires. L’escalade du conflit au Moyen-Orient élargit désormais les cibles iraniennes à tous les pays engagés de près ou de loin dans la région.