La DGA a relancé le projet de satellite de renseignement électromagnétique CELESTE
par Laurent Lagneau · 1 mars 2026

Actuellement, les capacités spatiales françaises en matière de renseignement électromagnétique reposent sur les trois satellites de la constellation CERES [CapacitÉ de Renseignement Électromagnétique Spatiale] qui, formant un triangle à 700 km d’altitude, collectent des données sur les émetteurs [antennes, télécommunications, radars, etc.], afin d’établir un ordre de bataille «électronique» d’un adversaire et d’alimenter une «bibliothèque de guerre électronique». Or, ils devront être remplacés en 2029.
Aussi, pour ne pas perdre cette capacité essentielle et que les forces françaises sont les seules à posséder en Europe, la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 a confirmé le programme CELESTE [Capacité ÉLEctromagnétique SpaTiaLE], lequel vise à développer un satellite censé remplacer ceux de la constellation CERES.
Seulement, ce programme a visiblement été sous-financé. Du moins, c’est ce qu’avait souligné Frank Giletti [RN], rapporteur pour avis du programme 178 «Emploi et préparation des forces – Air», en octobre 2024.
«La contrainte budgétaire actuelle sur ce programme manifestement sous-budgété dans le ‘patch espace’ de la LPM ne doit pas retarder ou diminuer les performances visées. Le contraire exposerait la France à une rupture capacitaire durable et à un risque de perte définitive de savoir-faire français, en plus de mettre en péril la fonction ‘connaissance et d’anticipation’ de la Direction du renseignement militaire», avait-il fait valoir. Et d’en appeler à « un démarrage prochain du lancement en réalisation du programme CELESTE, la fin de vie théorique des satellites CERES devant avoir lieu en 2029».
Or, ce «démarrage» n’a pas eu lieu en 2025. La raison en a été donnée par les députés Thierry Tesson [RN] et Didier Lemaire [Horizon], auteurs d’un rapport sur la guerre électronique que vient de publier l’Assemblée nationale.
«Malgré les importants efforts financiers consentis par les industriels, l’organisation industrielle initialement demandée par la Direction générale de l’armement [DGA] en 2021 [consortium Thales – Airbus] a été remise en cause par la DGA mi-2024 au vu de l’inadéquation entre les ressources financières allouées et les besoins demandés pour s’assurer du niveau de performances requis par les forces», avancent les deux rapporteurs.
Il aura fallu attendre le mois de juillet 2025 [soit quinze mois] pour qu’un «appel d’offres [soit] envoyé» par la DGA à Airbus, Thales et Unseenlabs. Ces derniers devaient remettre leurs propositions pour la conception, la réalisation, le lancement, la recette en vol et le maintien en condition opérationnelle de ce futur satellite avant le 15 décembre dernier.
« Des échanges État-industrie auront lieu en 2026 pour un lancement du programme estimé aujourd’hui à fin 2026», indiquent MM. Tesson et Lemaire, pour qui il est essentiel de veiller au «strict respect de ce calendrier» afin de «favoriser la bonne transition entre» CERES et CELESTE.
«Les besoins des forces sont liés à des menaces de plus en plus nombreuses et complexes [extension des bandes de fréquence, densification et complexification des formes d’ondes]. Dans l’objectif de garantir aux forces la mise en œuvre à temps d’une nouvelle capacité ROEM spatial haute performance, il apparaît essentiel d’engager la réalisation du programme au plus vite», ont-ils conclu.
Cela étant, en 2023, l’Agence de l’innovation de défense [AID] a retenu les entreprises Unseenlabs et U-SPACE dans le cadre du projet FLORE, lequel vise à développer et à tester un « démonstrateur de service d’observation du spectre radioélectrique depuis l’espace sur petites plateformes», l’objectif étant d’évaluer la viabilité et les performances d’une telle capacité.InGoogle TranslateEmailCopy Link