par Laurent Lagneau · 10 février 2026

Une entreprise allemande dit avoir testé le prototype d’une arme hypersonique avec succès

par Laurent Lagneau · 10 février 2026

La présence du Bâtiment d’essais et de mesures [BEM] « Monge » en Norvège, ces derniers jours, n’était sans doute pas étrangère à l’annonce que vient de faire l’entreprise allemande Hypersonica, ce 10 février.

Via un communiqué, celle-ci a dit avoir franchi une étape « significative » vers une capacité européenne de frappe hypersonique après avoir réussi à faire voler le prototype d’un « missile » à une vitesse supérieure à Mach 6, sur une distance de plus de 300 kilomètres.

« Durant l’ascension et la descente atmosphérique, tous les systèmes ont fonctionné normalement. Les performances du système ont été validées avec succès jusqu’au niveau de chaque sous-composant à des vitesses hypersoniques », a fait valoir Hypersonica. Cet essai a été réalisé depuis le site de lancement d’Andøya, en Norvège.

Cela étant, Hypersonica n’a pas donné beaucoup de détails techniques sur cet essai, si ce n’est qu’il a consisté à lancer une fusée à propergol solide HS-1, affichant une masse de plus d’une tonne pour un peu moins de dix mètres de long. A priori, son objectif est de mettre au point un planeur hypersonique.

Selon Philipp Kerth, PDG et cofondateur d’Hypersonica, il n’aura fallu que neuf mois pour finaliser la conception du prototype et procéder à ce premier essai.

« En tant que jeune entreprise [elle a été fondée à Munich en 2023, ndlr] financée par des fonds privés, notre rapidité, de la conception au lancement en seulement neuf mois, devrait relativiser les attentes concernant les coûts et les délais nécessaires au développement de cette capacité essentielle », a-t-il fait valoir. Et cela grâce à une « conception modulaire » permettant de raccourcir les cycles de développement de plusieurs années et de réduire ainsi les coûts de 80 % par rapport aux « approches conventionnelles ».

L’objectif d’Hypersonica est de proposer une capacité de frappe hypersonique aux pays européens avant 2029. Mais le plus difficile reste à faire. En effet, une arme hypersonique n’offre qu’un intérêt limité si elle n’est pas manœuvrable. Ce sera d’ailleurs l’enjeu du second essai du V-MAX [Véhicule manœuvrant expérimental], dont le développement a été confié par la Direction générale de l’armement [DGA] à ArianeGroup en 2019. Il s’agira de « démontrer la capacité à concevoir, à réaliser et à piloter en vol à vitesses hypersoniques un véhicule de forme complexe équipé d’un nouveau système de pilotage ».

Quoi qu’il en soit, Hypersonica en a conscience puisque son programme prévoit des essais pour « démontrer un contrôle de vol avancé à des vitesses hypersoniques », l’objectif étant d’atteindre une « manœuvrabilité complexe » pour « satisfaire pleinement aux exigences de la mission ».

Pour financer son développement, Hypersonica pourra compter sur le soutien de l’Agence fédérale allemande pour l’innovation de rupture [SPRIND] ainsi que sur celui des investisseurs qui viennent de lui apporter 23,3 millions d’euros à l’issue d’un nouveau tour de table de série A.

« Nous avons fait nos preuves en facilitant le passage de technologies de pointe du laboratoire à la production. Notre décision d’investir dans Hypersonica témoigne de notre confiance dans cette équipe exceptionnellement compétente et dans les progrès constants qu’elle réalise dans le domaine complexe de la physique du vol hypersonique – une capacité qui contribue à l’autonomie de la défense européenne – tout en jetant les bases d’un futur accès autonome à l’espace », a fait valoir Rafael Laguna de la Vera, le directeur de la SPRIND.

À noter qu’une autre entreprise allemande, Polaris Raumflugzeuge, a récemment été retenue par l’Office fédéral des équipements, des technologies de l’information et du soutien en service de la Bundeswehr [BAAINBw] pour développer un véhicule de recherche hypersonique à deux étages, à décollage horizontal et entièrement réutilisable.