MINISTÈRE DES ARMÉES
ET DES ANCIENS COMBATTANTS
É T A T – M A J O R D E S A R M É E S
Ordredujourn°5 du général d’armée aérienne Fabien Mandon chef d’état-major des Armées
Officiers, sous-officiers et officiers mariniers, soldats, marins et aviateurs, personnel civil des Armées,
Voilà quatorze ans, un vingt janvier, un soldat de l’armée afghane ouvrait le feu sur un groupe de soldats français en séance de sport, sur la base avancée de Gwan, dans le sud de la Kapisa. Quatre mouraient le jour même, un cinquième deux mois plus tard de ses blessures. Leurs noms figurent sur ces plaques aux côtés de ceux de leurs camarades.
Ces noms gravés permettaient, sur les théâtres d’opération où ces hommes et ces femmes étaient allés au bout de leur engagement, de les honorer. Ces plaques, installées pour ne jamais les oublier, et pour ne jamais oublier non plus ce que la mission peut exiger de chacun d’entre nous.
Ces plaques portent la trace de ces pays, de ces opérations. Elles rappellent des moments vécus, des odeurs, des images, des sons, des sensations. Elles évoquent le souffle d’air chaud à la descente de l’avion et la morsure du froid lors des patrouilles au milieu des montagnes afghanes. Elles évoquent la concentration avant le départ en mission, les regards et les sourires échangés en caisse des blindés. Elles évoquent ces paysages aussi beaux que dangereux et la poussière fine comme du talc qui s’élevait et ne retombait jamais au moment du poser des hélicoptères. Elles évoquent des ciels étoilés à l’intensité inégalée et les traînées lumineuses des traçantes. Elles évoquent le sable et la poussière que l’on trouvait au fond des sacs longtemps après le retour.
En les regardant, on sent le café de la popote. On sent l’odeur du kérosène, du thé sucré et de la ration réchauffée. On sent l’odeur âcre de la choura, de la sueur et de la poudre.
On entend le sifflement caractéristique du véhicule de l’avant blindé, le bruit rassurant des hélicoptères en approche, le grésillement de la radio, le grincement des lits picots la nuit, le sifflet de l’artilleur avant le coup de mortier.
Ces noms témoignent de vingt ans de guerre contre le terrorisme. Ils sont l’incarnation de l’engagement des militaires français. L’engagement de ces hommes et de ces femmes originaires de toute la France : de Montpellier, de Gray, d’Albi, d’Ouvéa, de Villeurbanne, du Russey, de Ploemeur, de Grenoble, de Petit Tampon, de Tourcoing et de bien d’autres villes. De ces hommes et de ces femmes servant dans toutes les unités, celles basées à Pau, Haguenau, Bayonne, Calvi, Brive-la-Gaillarde, Lorient, Pamiers, Châteauroux, Chambéry et bien d’autres garnisons.
Dans le code du soldat de l’armée de Terre il est écrit : « au combat, je n’abandonne ni mon arme, ni mes camarades morts ou blessés », ces plaques en sont l’illustration. Plus que cela, les sensations qu’elles nous rappellent sont celles que nous avons partagées avec ceux qui ne sont pas rentrés. Elles constituent la ligne de vie qui nous unit éternellement à ceux dont les noms sont gravés. Leur place est ici, près de nous, pour que jamais nous ne les oublions.