MOT du PRESIDENT n°4

Le 13 janvier 2026

Mot du président numéro 4

Chers amis,

En ce début d’année, qui s’annonce très mouvementée, dans le monde comme en France, je voudrais m’arrêter sur une décision, sans doute lourde de conséquences à terme pour la France, je veux parler de la construction d’ un nouveau porte-avions, annoncée par le président sans aucun vrai débat. Ce choix doit être éclairé par des considérations géopolitiques, stratégiques et techniques que je souhaite aborder ici pour favoriser la réflexion de chacun.

Tout d’abord, il faut comprendre que le porte-avions est encore, mais pas forcément pour très longtemps, ce que les marins appellent le « capital ship » de la puissance navale, hors moyens nucléaires stratégiques. Cela signifie que l’articulation tactique des marines ainsi que ce que l’on appelle les « projections de puissance » se font autour de ces vaisseaux : leur éventuelle perte est donc un drame d’autant plus important que l’on en possède peu.

En dehors des sous-marins nucléaires d’attaque (sna), la principale menace qui va peser sur ces bâtiments est le missile hypersonique, même si, pour l’instant, ces armes ne tirent que sur des objectifs fixes, cela ne va pas durer, comme nous le verrons plus loin. Les pays leader dans ce domaine sont la Russie et la Chine, les occidentaux sont en retard.

Le choix pour la France de ce porte-avions, très lourd, 80000 tonnes environ présente donc un double risque : il est unique et n’assure donc par l’indispensable permanence et il est une cible idéale pour les armes hypersoniques. Pour conforter ce point, et peut-être contourner la difficulté technique de la désignation d’objectif mobile pour des missiles balistiques, les Chinois construisent activement dans leur grand désert du nord-ouest, des maquettes à échelle 1 des principaux porte-avions américains, avec tous les détails, mobiles sur rails, afin sans doute d’inscrire quelque part ces éléments d’identification, dans les têtes de leurs armes hypersoniques. La décision américaine de créer un nouveau type de grand bâtiment, de la taille des cuirassés d’antan, appelés « absorbeur de missiles » (terme approximatif) destiné à escorter les porte-avions pour détruire leurs assaillants : ils en prévoient vingt environ et possèdent douze porte-avions.

Enfin, ce bâtiment sera mis en service en 2040 environ et durera normalement jusqu’en 2080. Or personne n’a clairement indiqué la vision, pour cette période, compte tenu des évolutions techniques très rapides que nous vivons, de ce que deviendront les pilotes humains . Ce point mérite en particulier un débat public, compte tenu de son importance.

Pour conclure, après l’énorme aveuglement de nos stratèges vis-à-vis de l’importance décisive des drones que nous venons de vivre, la simple prolongation du système existant, sans véritable débat, constitue, me semble-t-il, un risque majeur sur tous les plans ; unicité, coût, vulnérabilité, et possible totale inadaptation aux besoins militaires à venir. Ce n’est là qu’un point de vue.

Si de vrais spécialistes des différents points évoqués ci-dessus veulent s’exprimer, c’est bien volontiers que nous les accueillerons sur notre site.

Souhaitant vous apporter ici quelques éléments de réflexion, et vous remerciant de l’intérêt que vous portez à l’action de notre cercle, je vous prie de croire, chers amis, en mon fidèle souvenir.

Pierre-Louis Santos